par Emmanuel Sylvestre*
La lecture sur écran est désormais une activité qui occupe une grande partie de nos journées de travail ainsi que celle des élèves et étudiants. Une
étude de la Délégation aux usages de l’internet montre que près de 97,7% des élèves de 11 à 18 ans utilisent régulièrement l’ordinateur à l’école et 82,1% à la maison. Pour cette raison, de nombreux chercheurs se sont interrogés sur les conditions de travail des utilisateurs et ont trouvé des conditions permettant d’améliorer la qualité de lecture des documents électroniques.
Avant de poursuivre, il convient de distinguer deux types de lisibilité :
- Surface : relative à la perception visuelle. Le texte utilisant une présentation ergonomique facilite la lecture.
- Profonde : relative à la compréhension. Le texte contenant un vocabulaire courant, des phrases simples et une structure cohérente est plus facile à comprendre.
Cet article se centre sur la lisibilité de surface et il contient des recommandations issues de la recherche pour améliorer la lisibilité du texte à l'écran.
La lisibilité de surface
Une bonne lisibilité de surface permet aux lecteurs de lire le texte plus rapidement, de réduire la fatigue visuelle et, dans certains cas, d'améliorer la compréhension. Voici les paramètres essentiels :
Le style de police : les polices sans empattements (par exemple, "arial", "verdana" et "helvetica") sont plus lisibles sur écran. En revanche, sur papier, les polices avec empattements sont plus lisibles.
La
taille de la police
: les lecteurs lisent plus rapidement des textes écrits avec des caractères de taille supérieure à 10 points. Malgré ce constat, une étude a montré que 57% des sites Internet sont écrits en Times 10 (voir l'article de J. Dinet).
Image 1 : Présentation d’un texte en faisant varier le type de police et sa
taille.
La couleur de la police et de la page
: la lisibilité optimale est atteinte lorsque le contraste entre la
police d’écriture et la couleur de la page est maximal : une écriture
noir sur fond blanc est donc le meilleur compromis en termes de
lisibilité de surface.
Le
nombre de caractères affichés par ligne : l'idéal se situe entre 55 et 95 caractères. Deux expériences complémentaires illustrent ce dernier point. Dans la première, des chercheurs de l'Université
de
Reading (Royaume-Uni) ont fait lire à des lycéens utilisateurs d’Internet trois versions d'un même texte : avec 25, 55 ou 100 caractères par ligne (tous les autres paramètres étaient constants). Les textes ont été lus à la même vitesse, mais la version comportant 55 caractères par ligne a entraîné des meilleurs résultats de compréhension que les deux autres. La deuxième expérience a fait appel à des lecteurs avec une grande expérience de lecture sur écran. Des chercheuses de l’Université de Wichita (Etats-Unis) ont fait lire à des habitués de l'écran quatre versions d'un même texte : avec 35, 55, 75 ou 95 caractères par ligne. Un test de compréhension était appliqué à l'issue de la lecture. La version avec 95 caractères par ligne a été lue plus rapidement que les autres. De plus, l'efficacité de lecture (ratio vitesse/nombre de bonnes réponses au test) était inférieure avec les textes de 35 caractères. Trop peu de caractères, ce n'est donc pas bon pour la lisibilité.
Recommandations :
Pour améliorer la lisibilité des textes à l'écran :
- Utiliser des polices sans empattements (par exemple, "arial").
- Utiliser des tailles de police au moins égales à 12 points.
- Créer un contraste élevé entre le texte et l’arrière-plan (idéalement noir sur blanc).
- Disposer le texte avec environ 55 caractères par ligne (espaces compris). Ce chiffre peut monter à environ 95 caractères pour des lecteurs habitués à lire sur écran.
*Emmanuel Sylvestre - titulaire d’un doctorat en Sciences de l’Education, chercheur associé au Laboratoire des Sciences de l’Education de l’Université de Grenoble
Références bibliographiques :
Dinet, J. (2006). Comprendre, mémoriser, rechercher avec les documents électroniques. In. Germain, B, Mazel, I. & Rouet, J.-F. (Eds), Lecture et technologies numériques (p. 37-47). Paris : CNDP.
Dyson, M.C., & Haselgrove, M. (2001). The influence of reading spend and line length on the effectiveness of reading from screen. International Journal of Human-Computer Studies, 54(4), 585-612.
Rouet, J.-F. (2006). De Gutenberg au SMS : promesses et défis des technologies du texte. In. Germain, B, Mazel, I. & Rouet, J.-F. (Eds), Lecture et technologies numériques (p. 19-35). Paris : CNDP.
Shaikh, A.D. (2005). The effects of line length on reading online news. Usability News, 7(2). Retrieved January 13, 2008 from http://psychology.wichita.edu/surl/usabilitynews/72/ LineLength.htm.
date de publication : 08/04/2008