Résumé :
La lecture sur écran deviendra de plus en plus courante avec les environnements numériques d'apprentissage. L’article montre que la gestion du temps de lecture par l’enseignant entraîne de meilleurs résultats de compréhension, mais seulement si la contrainte n’est pas trop forte.
Recommandations :
- Établir le « temps de base », à des fins pédagogiques, à partir de sa propre lecture du texte.
- Limiter le temps de lecture pour les élèves afin d’optimiser la compréhension du texte, sans imposer des contraintes de temps trop fortes.
- Prévenir l’élève du temps dont il dispose pour lire et comprendre le texte, tout en lui présentant l’activité comme un entraînement à la lecture.
- Revenir sur le texte afin de les éclaircir ensemble si, après l’exploitation pédagogique du texte, certains détails restent incompris.
par Géraldine Charles-Dominique *
Avec la diffusion des environnements numériques d’apprentissage, les élèves seront de plus en plus amenés à lire des textes sur écran. En dehors de la classe, ces textes seront disponibles à la lecture à tout moment, sans contrainte de temps. En classe en revanche, l’enseignant peut trouver un intérêt à limiter le temps de lecture pour pouvoir gérer son cours et exploiter au mieux la compréhension du texte. Faut-il laisser l’apprenant prendre tout son temps dans l’activité de lecture ou limiter le temps ? Dans ce cas, où situer la limite ?
Jeffrey Walczyk et ses collaborateurs de l’université technologique de Louisiane ont mené une étude sur les effets de la limitation du temps de lecture afin de savoir quelles conditions sont les plus intéressantes sur le plan pédagogique pour améliorer la compréhension du texte.
Cette étude concerne notamment les élèves de lycée et de collège, mais elle peut servir à la réflexion des enseignants de tout niveau.
Tout d’abord, les chercheurs ont réalisé une étude préliminaire pour déterminer le temps de lecture moyen d’un texte sans contrainte de temps (« temps de base »). Pour cela, ils ont fait lire six textes différents à 15 adultes, dans leur langue maternelle, en leur précisant qu’ils pouvaient lire à leur rythme. On a alors enregistré les temps de lecture, calculé le temps moyen de lecture pour chaque texte, et vérifié par un test que les textes avaient bien été compris.
Ensuite, 89 étudiants de licence ont participé à l’expérience de lecture sur écran. Ils ont été répartis dans trois groupes de lecture :
Les étudiants ont été testés individuellement et au calme sur ordinateur. Ils ont réalisé trois tâches :
La meilleure compréhension de texte a été obtenue lorsqu’une limitation moyenne du temps de lecture était imposée (74,86 % de bonnes réponses au test de compréhension pour le groupe travaillant dans cette condition, contre 69,85 % dans la condition « sans contrainte » et 65,31 % dans la condition « forte limitation du temps »).
Une corrélation a été notée entre la latence d’accès au sens et la compréhension de texte : plus le temps de latence est court, meilleure est la compréhension. Autrement dit, les étudiants ayant une compréhension automatisée des mots comprennent mieux les textes qu’ils lisent. Par ailleurs, il a été vérifié que plus le temps de lecture est limité, plus la corrélation entre latence d'accès au sens et compréhension est forte.
Les chercheurs interprètent ces résultats ainsi :
Ces recommandations peuvent s'appliquer à l'écran aussi bien qu'au papier, mais l'intérêt de la lecture à l'écran est de permettre à l'enseignant (à l'aide de logiciels) de mieux contrôler le temps de lecture, d'attribuer différentes consignes aux élèves en fonction de leur niveau et d'accompagner leur progression par des tableaux statistiques, entre autres.
* Géraldine Charles-Dominique - titulaire d’un Master II professionnel en Gestion des connaissances, apprentissages, formation ouverte et à distance, doctorante au Cerca, CNRS-université de Poitiers.
date de publication : 03/03/2009
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