Rencontre avec Patrick Reeb, conseiller TICE du recteur de l’académie de Strasbourg, et proviseur du lycée Henri-Meck à Molsheim.
Dès l’automne 2003, l’académie de Strasbourg , en partenariat avec les collectivités territoriales, a développé à titre expérimental, l’Espace numérique de travail d’Alsace (ENTEA) en collège et lycée. Face au succès, la décision de généralisation fut prise, et 45 établissements ont pu être dotés d’ENT en 2005. L’expérience acquise a permis de bien préparer le déploiement actuellement en cours.
Outre un outil couvrant toute la palette des usages attendus, de la gestion de la vie scolaire à l’enrichissement des pratiques pédagogiques en passant par l’ouverture de la communication à tous les acteurs et notamment les élèves et les parents, il faut porter un soin particulier à l’accompagnement des établissements et à la conduite du changement. Certes il faut un produit industriel solide et une plate forme centralisée délivrant une qualité de service professionnel, mais le développement des usages ne se fait que si les utilisateurs et en premier lieu les enseignants y trouvent une valeur ajoutée.
L’ENT, c’est la pierre de l’édifice d’un système informatique académique
Le pilotage de l’ENT

Le pilotage de l’ENT est académique et prévoit dans chaque établissement un comité, présidé par le chef d’établissement, qui a la charge de définir le rythme et les orientations de développement de l’ENT en interne. Selon le degré de
maîtrise de l’ENT par l’établissement et sa maturité dans la conduite du changement, des élèves, des parents et des entreprises sont intégrés à ce comité.
Quasiment tous les établissements utilisent au moins un module de gestion de vie scolaire (notes ou absences) pour amener tous les enseignants à un premier usage. Au fur et à mesure qu’ils découvrent l’outil et sa richesse, ils diversifient l’usage qu’ils en font et mettent à la disposition de leurs élèves des documents et des informations qui complètent les cours. Le cahier de textes numérique y contribue aussi lorsqu’il est utilisé.
Les élèves, dès qu’ils ont accès à l’ENT, en sont très friands, d’abord pour suivre l’évolution de leurs résultats et vérifier l’état de leur assiduité. Mais très rapidement, ils prennent possession de la messagerie pour communiquer entre eux et avec leurs professeurs. S’agissant d’une messagerie interne basée sur l’annuaire, sans pseudo, aucun débordement (pourtant craint au départ par les enseignants) n’est à déplorer. Au contraire, les élèves sont très respectueux dans leurs sollicitations envers les adultes. Des initiatives d’étudiants en BTS pour des commandes groupées de petit matériel prennent ce vecteur pour toucher rapidement tout le monde. Les projets en tout genre s’appuient massivement sur la messagerie pour se réaliser.
Les forums permettent aussi, en toute sécurité, de travailler sur des notions pour préparer des cours ou pour exploiter les thèmes vus précédemment.
Les élèves font parfaitement la distinction entre cet espace professionnel, qu’ils réservent à leurs travaux et leurs besoins scolaires,
et les « chats » entre copains sur des
espaces publics.
Leurs stockages et échanges de documents se font de plus en plus sur l’ENT, car ils ont compris qu’ils disposent là d’un espace sécurisé et sauvegardé.
Contrairement aux enseignants et aux parents, les élèves n’ont pas besoin d’accompagnement ou de formation. En collège, l’ENT leur permet de faire valider un grand nombre d’items du B2I.
Les usages des parents sont moins développés, ne serait ce que parce que tous les établissements ne leur ont pas encore ouvert l’accès à l’ENT.. Mais l’accélération est flagrante. En phase expérimentale, les établissements ne donnaient les codes aux parents qu’après un an de fonctionnement en moyenne. Depuis le démarrage de la généralisation, en septembre 2007, une bonne part des nouveaux établissements ont ouvert l’ENT à leurs parents dès novembre. Le tuteur (un administrateur aguerri de la phase expérimentale) qui les accompagne a su les rassurer et leur faire gagner du temps sur le parcours du changement.
Les usages repérés des parents sont cependant beaucoup plus restreints et plus lents que ceux des élèves. Ils sont principalement (et exclusivement au début) intéressés par le suivi des notes et des absences de leur enfant.
Pour diversifier les usages, il est conseillé de mettre en place
des séances de formation pour les parents en soirée ou le samedi matin.
L’impact des formations auprès des parents est particulièrement
positif lorsque ces formations sont confiées à des
élèves motivés (après une préparation effectuée avec un enseignant). En effet les parents sont plus en confiance, psychologiquement moins intimidés, que devant des professeurs et les élèves sont fiers de montrer leur savoir-faire.
Ensuite les parents étendent leurs usages, notamment les délégués aux conseils de classe qui sollicitent ainsi les autres parents, envoient leurs comptes-rendus ou demandent des précisions aux professeurs.
Les fédérations de parents d’élèves sont invitées aux présentations de l’ENT et cette année ce point est mis à l’ordre du jour du congrès de l’une d’elles.
L’accès à Internet
Dans les enquêtes menées par les établissements sur les possibilités d’accès à l’ENT par les parents et les élèves, le taux de disponibilité augmente chaque année (entre 80 et 90% en 2007). Les parents qui n’ont pas d’accès de chez eux indiquent qu’ils trouvent d’autres moyens (en entreprise, dans la famille, chez les voisins) pour y accéder et ne font pas état d’une gêne particulière.
Un collège en réseau Ambition réussite travaille avec une entreprise associative qui a développé un dispositif de mise à disposition de matériel recyclé et d’accès à Internet mutualisé pour aider les familles à accéder à l’environnement numérique et à communiquer avec l’établissement de leur enfant.
Ainsi l’ENT fait voler en éclat le cadre tutélaire de l’école libérant ses acteurs des anciennes contraintes de lieu et de temps tout en permettant à chacun de décider quand et comment y accéder.
Propos recueillis par Séverine Gigot.
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