Entretien avec Christian BRUCKER, professeur de mathématiques et personne ressource informatique au lycée Théodore Deck de
Guebwiller.
Dans mes pratiques pédagogiques, j’utilise l’ENT de manière naturelle,
quand c’est nécessaire. L’outil n’est pas une fin en soi et les usages
priment. Avec ma classe de terminale S, l’ENT est surtout utilisé pour
faire passer des informations. C’était le cas récemment pour des
questions d’orientation. J’utilise également l’espace documentaire de l’ENT : il m’a permis de mettre des fichiers à disposition des élèves, et également de ramasser des travaux en particulier, ceux effectués en salle informatique.
En sections européennes, les choses sont différentes. Le programme est
plus souple, plus limité aussi. On a plus le temps de donner libre
cours à une certaine créativité. Ce sont des classes ouvertes sur le
monde qui utilisent des outils ouverts sur le monde.
Mes élèves n’ont aucun souci avec ces technologies.Il faut quand même garder à l’esprit que tous ne peuvent être connectés
en permanence, ne serait-ce que parce qu’il y a parfois des pannes matérielles ou chez les fournisseurs d’accès. Pour y remédier, chacun a la
possibilité de se connecter depuis le lycée, y compris en dehors du CDI.
Concernant les usages des élèves, ces derniers sont très attentifs à la publication de leurs notes en ligne.
Mais une note publiée avant que le corrigé ne soit effectué en classe
peut avoir des effets pervers. La sécheresse de la note, qui n’est pas
accompagnée de commentaire, pose question. L’ENT a un effet loupe. Du
coup, certains collègues reviennent aux anciennes pratiques et ne
diffusent plus qu’une note trimestrielle sur l’ENT.
Le fait d’accéder à l’ENT depuis mon domicile revient
à emmener du travail à la maison. Les élèves comprennent bien cette
dimension des choses et en font un usage plus raisonné que certains
adultes. Les jeunes voient leur messagerie comme un espace «
professionnel » et préfèrent y accéder depuis chez eux à partir de leur
messagerie personnelle.
Cette séparation étant claire, il y a de fait peu d’abus et même peu d’erreurs (du type message envoyé par inadvertance).
En tant que personne ressource informatique, je participe à la mise en
place de l’environnement numérique de travail du lycée. Je teste les
modules en amont et détecte les éventuelles défaillances techniques .
Les fonctionnalités proposées doivent faire l’objet d’une solide
réflexion en amont. C’est un comité de pilotage qui décide de
l’utilisation ou non des différents modules, par exemple
l’ouverture aux parents de la messagerie.
Par sécurité, les professeurs sont encouragés à changer régulièrement
leur code d’accès, pour protéger leur espace personnel. Quant aux
parents, ils utilisent somme toute assez peu les fonctionnalités de
l’ENT pour l’instant. On ne fait pas de grande opération pour
promouvoir les usages même si la remise des codes d’accès, qui se fait
"en présence" et jamais par téléphone, est organisée rigoureusement.
Nous n’organisons pas de formation pour les parents, mais nous avons
mis en place une boite mail spéciale pour ceux qui auraient des
problèmes, une sorte de hotline.
Entretien avec Pascal Leroy, professeur de mathématiques
et sciences au lycée professionnel Théodore Deck de Guebwiller.
Le lycée a fait partie des premiers établissements à avoir expérimenté l’espace numérique de travail, il y a quatre ans.
« De manière générale, j’utilise beaucoup les TICE dans mes pratiques professionnelles. Les mathématiques s’y prêtent bien, songeons à la géométrie et aux logiciels qui vont à sa suite. Ces outils ont à mes yeux un avantage principal : ils aident des élèves, parfois en rupture, à se découvrir en matières scientifiques. Sur six heures de cours par semaine, mes élèves passent en moyenne une heure sur un poste informatique.
S’agissant de l’ENT, la messagerie est très utile pour maintenir un contact avec les élèves en stage en entreprise ainsi qu’avec leurs professeurs tuteurs.»
Cet espace de travail permet aussi de proposer et de partager des signets vers des sites Internet, des ressources individualisées afin de remédier aux difficultés rencontrées par les élèves.
«
J’utilise aussi l’espace documentaire qui me permet d’envoyer et de collecter des fichiers qui peuvent être partagés avec les élèves. Cela est par exemple très pratique en sciences physiques pour les comptes-rendus des élèves en TP.
L’ENT est un espace où s’exprime de manière privilégiée, une pédagogie différenciée.
Les élèves manipulent très fréquemment ces outils et ces manipulations sont autant d’occasions de valider certains volets du B2i. Par ailleurs, le B2i a clairement eu un impact positif dans la formation des élèves qui arrivent désormais mieux formés au lycée.
»
Les échanges sur l’ENT sont donc vus comme un acte pédagogique à part entière :
«Échanger sur un forum pour résoudre des exercices a permis aux élèves de découvrir que la précision du vocabulaire permet de se comprendre… et que sans un effort de rigueur dans le maniement du vocabulaire mathématique aucune compréhension n’est possible. Dans un cours traditionnel, frontal, où les élèves ne parlent pour ainsi dire qu’à leur professeur, ce type de difficultés ne leur apparaissait pas. »
Des corrigés sont aussi mis en ligne sur cet espace. « Les élèves se connectent parfois depuis leur domicile mais c’est assez rare. » Monsieur Leroy estime que des classes plus investies scolairement, ont probablement des taux de fréquentation supérieurs.
Quant aux échanges sur cet espace, ils donnent lieu à peu d’abus. Les parents semblent rassurés de savoir que des exercices y sont mis en ligne ainsi que de pouvoir être facilement avertis des éventuelles absences de leurs enfants.
Le taux d’équipement des parents, même peu favorisés socialement, semble satisfaisant. Il y a deux ans, sur 80 élèves moins de la moitié disposaient d’un équipement. Aujourd’hui, 75% disposent d’un ordinateur et d’un accès Internet.
« Les élèves ne sont pas forcément meilleurs grâce à ces outils mais ils peuvent renouer et retrouver parfois un intérêt pour l’école. Le fait de travailler sur ces espaces ouverts est très positif en terme d’attitude et de savoir être. Ils sont ainsi plus responsabilisés et plus autonomes. »
Propos recueillis par Joaquim Galliath, chargé de communication du CRDP d’Alsace
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